LA RÉALITÉ DE LA VIE AVEC UNE AMPUTATION OU UN MEMBRE DIFFÉRENT AU CANADA
Par Annelise Petlock
Avril est le Mois de la sensibilisation à l’amputation et aux membres différents, lequel vise à conscientiser le public à la réalité des gens ayant subi une amputation ou qui sont nés avec un membre différent, que l’on appelle aussi amputation
congénitale.
Si ce mois représente une excellente occasion de célébrer la résilience et les réalisations des personnes amputées, notamment celles qui ont contribué au palmarès des 15 médailles remportées par le Canada lors des Jeux paralympiques d’hiver de
Milan-Cortina 2026, c’est aussi le moment de réfléchir aux lacunes qui subsistent dans le soutien offert aux personnes amputées et au chemin qu'il reste à faire pour bâtir un avenir meilleur pour ceux et celles vivant avec une amputation ou
un membre différent dans notre pays.
En tant que porte-parole national des personnes amputées au Canada, nous défendons les droits et intérêts des personnes ayant un membre amputé ou différent. En outre, nous fournissons aux personnes amputées de tous âges, y compris les enfants,
de l’aide financière pour couvrir le coût de leurs membres artificiels. Nous intervenons aussi pour combler les lacunes en matière de financement dans les provinces et les territoires lorsque cela est possible. Cependant, en tant qu’organisme
de bienfaisance qui dépend exclusivement des dons du public, nos fonds sont limités.
Il faut considérer le soutien global requis par une personne amputée tout au long de sa vie : le corps grandit et change, les besoins évoluent en fonction des activités quotidiennes ou des loisirs, et l’usure normale est inévitable; il ne suffit
pas de se procurer un membre artificiel une fois dans sa vie pour être équipé pour de bon. Il faut aussi prendre en compte les autres coûts liés aux soins prothétiques, tels que les frais relatifs aux rendez-vous avec divers spécialistes,
notamment les prothésistes, les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes, ou encore les accessoires prothétiques comme les manchons et les bas de moignon dont les personnes amputées ont besoin afin que leur prothèse s'ajuste confortablement
et solidement à leur membre résiduel.
Un aperçu des coûts liés aux membres artificiels
Le coût des membres artificiels varie considérablement selon le niveau d’amputation et la morphologie ainsi que selon les besoins fonctionnels de la personne amputée. Les besoins médicaux liés à l’amputation sont propres à chaque individu et de
ce fait, il n’existe pas de membres artificiels pouvant convenir à tout le monde. En moyenne, les membres artificiels conçus pour les amputations au-dessus du genou et ceux conçus pour les amputations au-dessus et au-dessous du coude peuvent
coûter jusqu’à 100 000 $, voire plus. Ceux conçus pour les amputations au-dessous du genou peuvent coûter jusqu’à 80 000 $.
Ces frais sont payés pour plusieurs années de soins, et la fréquence moyenne de remplacement d’un membre artificiel est d'une fois tous les trois ans. Par ailleurs, il convient de noter que de nombreux composants prothétiques contrôlés par microprocesseur,
notamment les genoux qui sont munis de capteurs permettant une démarche plus stable et plus naturelle, ont des garanties de six ans.
Le contexte de l’assurance au Canada
La population canadienne serait choquée d’apprendre que les personnes ayant subi l’amputation d’un membre ne reçoivent pas une couverture adéquate de la part des compagnies d’assurance privées et du système de santé public, et que plusieurs provinces
ne prévoient aucun financement pour les soins prothétiques.
Puisque les provinces et les territoires couvrent le coût des prothèses internes du genou ou de la hanche pour les personnes qui en ont besoin, on pourrait croire qu’il en est de même en ce qui concerne les membres artificiels. En réalité, la
couverture prévue pour ceux-ci est très limitée, voire inexistante.
Certaines assurances publiques et privées ne prennent en charge que ce qu’elles définissent comme le coût « habituel et courant » des soins prothétiques. Ce montant est calculé en fonction de la majorité des demandes de remboursement reçues par
l’organisme de financement; il concerne généralement les prothèses sous le genou, car la plupart des personnes vivant avec une amputation sont amputées à une jambe sous le genou. Le coût du remplacement d’un bras ou d’une jambe amputée au-dessus
du genou est plus rare et plus élevé.
Nous constatons que l'argent des contribuables ainsi que celui des fonds privés est gaspillé lorsque les agences de financement refusent d’assurer les soins prothétiques en raison de leur coût initial, sans se rendre compte qu’elles devront payer
davantage par la suite en raison des comorbidités résultant de soins inadéquats.
L’Association des Amputés de guerre fait régulièrement appel auprès des assureurs au nom de ses adhérentes et adhérents, arguant la nécessité médicale des membres artificiels qui leur ont été prescrits. Or, les assureurs refusent fréquemment les
réclamations relatives aux membres artificiels, sans comprendre qu’il s’agit d’un élément indispensable à la vie quotidienne d’une personne amputée et non d’un luxe haute technologie.
Un avenir meilleur pour les personnes amputées
L’Association des Amputés de guerre continue d’exhorter les provinces, les territoires et les assureurs privés à revoir leurs politiques et leur définition des tarifs habituels et courants en ce qui concerne les membres artificiels, et de considérer
le niveau d’amputation et les besoins médicaux spécifiques de chaque personne amputée.
Le Mois de la sensibilisation à l’amputation et aux membres différents ne devrait pas se limiter à une simple mention sur le calendrier. Les décideurs devraient profiter de cette occasion pour réfléchir sur les façons dont leurs politiques de
financement pourraient être mises à jour afin d’améliorer la couverture des membres artificiels et appareils essentiels pour les personnes amputées tout en veillant à ce que celles-ci puissent bénéficier d’un accès abordable aux soins prothétiques
qui leur ont été prescrits par leur équipe médicale.
Annelise Petlock, directrice, Programmes pour les adhérents et conseillère juridique de l’Association des Amputés de guerre, est née sans une partie de son bras gauche.
–30–